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 (2017) NOW OR NEVER

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Tate Bartowski
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MessageSujet: (2017) NOW OR NEVER   Mer 12 Avr - 19:49

Il n’avait pas perdu une minute. À peine la grande aiguille avait-elle dépassé le chiffre six sur le cadran de son horloge murale qu’il referma l’écran de son ordinateur sans y réfléchir à deux fois. Demain serait peut-être un autre jour, mais sa check-list serait la même qu’il parte maintenant ou plus tard. Il n’avait jamais beaucoup rechigné à travailler au-delà des horaires normaux – il lui arrivait même d’apprécier la perspective de travailler dans le calme inégalable qui régnait dans leurs bureaux après l’heure de fermeture officielle. Mais cette fois-ci, il avait d’autres projets. De toute manière, son collègue avait rédigé un contrat à l’épreuve des balles. Alors, peut-être pour la première fois depuis qu’il avait été embauché chez Marlowe & Marshall, il voulait bien lâcher les rênes dans les mains de quelqu’un d’autre. Clairement, ça ne pourrait pas faire de mal à son taux de popularité auprès du reste de l’équipe. S’il n’avait pas été en vacances avec sa famille sur la Côte Est, son supérieur n’aurait pas manqué de le lui faire remarquer. « Personne n’aime un cavalier solitaire » qu’il lui aurait dit. Se glissant hors de son siège, Tate déverrouilla l’écran de son téléphone et réfréna l’envie d’envoyer un message, même bref, à Natalia. Ça aurait mis ses plans en péril. À la place, il eût un sourire en coin en tombant à nouveau sur la photo qu’elle lui avait envoyée quelques jours plus tôt, montrant les décorations qu’elle avait installé dans la vitrine de sa librairie. Elle n’était pas encore ouverte, mais il pouvait voir qu’elle mettait d’elle-même à rendre l’endroit accueillant – c’était sans doute la première fois qu’il la voyait céder aux festivités de fin d’année. Il empocha son téléphone, et pendant une poignée de minutes, il tâcha de se rappeler le nom du vin qu’elle appréciait tant, tout en réunissant distraitement ses affaires dans son attaché-case.

Pendant sa pause-déjeuner, il s’était peut-être senti inspiré en entendant Tucker, l’un de ses collègues, raconter comment il avait réussi à mettre sa fiancée de « bonne humeur » en lui concoctant un dîner romantique. Il n’y connaissait peut-être pas grand-chose en « grand geste romantique » mais il était convaincu d’avoir un niveau de cuisine suffisant pour satisfaire Natalia. Évidemment, ça aurait été plus facile s’il avait été dans sa propre cuisine. Il n’avait pas encore eu l’occasion de passer beaucoup de temps dans le nouvel appartement de Natalia. C’est sans doute pourquoi il lui avait fallu autant de temps pour mettre la main sur son décapsuleur. Les manches de sa chemise retroussées, les cheveux malmenés par la vapeur qui s’échappait d’une casserole d’eau bouillante, Tate attendait patiemment le retour de Natalia – à son insu. Elle ne lui avait jamais donné de clés – heureusement. Aussi pratique aurait-ce été dans ce cas de figure, ça l’aurait poussé hors de la zone de confort qu’ils s’étaient trouvé depuis quelques semaines. Il avait ramassé une pierre devant chez elle, avait grimpé le long de l’escalier de secours, et après s’être assuré qu’aucun voisin ne lui ferait une scène, il avait cassé un carreau et actionné la poignée de la porte ouvrant sur son salon. Il appellerait quelqu’un pour venir réparer ça dès le lendemain matin.

Il avait lancé une playlist pour se tenir compagnie, sifflotait distraitement l’air, et surveillait attentivement la cuisson de ses raviolis avec une concentration qu’on aurait pu considérer excessive. Il était convaincu de pouvoir réussir son affaire, à condition de respecter à la lettre la recette qu’il avait trouvée sur internet. Jetant un bref coup d’œil à sa montre, il estima qu’il lui restait une bonne demi-heure avant que Natalia ne rentre de la librairie. Il savait qu’elle avait tendance à s’attarder, ces derniers temps, pour s’assurer de ne rien laisser au hasard – une touche de perfectionnisme qui l’arrangeait bien. Les mains chargées d’assiette et de couverts – qu’il avait mis une bonne dizaine de minutes à trouver – il s’avança d’un bon pas jusqu’au salon, quand il entendit la porte d’entrée s’ouvrir. Il sursauta si violemment qu’il manqua de lâcher tout ce qu’il avait dans les mains. Le tout s’écrasa dans un grand fracas sur la table de la salle à manger. Il prit une seconde pour retrouver son calme et, les joues légèrement rosées, il pivota sur lui-même pour faire face à la propriétaire des lieux : « Je croyais que tu terminais à 20 heures. » lâcha-t-il, pris de court. Il redressa les verres qui s’étaient couchés sur la table, et grimaça en levant son visage vers elle : « Surprise ? » Il s'approcha, de sa démarche chaloupée, pour l'aider à retirer son manteau.
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Natalia Lindberg
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MessageSujet: Re: (2017) NOW OR NEVER   Jeu 13 Avr - 11:37

Le bruissement du rideau de fer qu’elle tira sur la porte de la librairie résonna jusque dans son ventre, chatouillant la boule nerveuse qui s’y était nichée quelques soirs plus tôt. L’installation de sa librairie se présentait bien, et le bouche à oreille fonctionnait à merveille ; ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’elle n’ouvre pour de bon, ce qui plongeait Natalia dans une fébrilité pudique. Qui plus est parce que nana Lindberg avait insisté pour inaugurer le tout en grandes pompes, faisant rapatrier champagne et petits fours, en plus de ses propres invités, pour que sa petite-fille commence son entreprise du bon pied ; la modestie était un trait de caractère que Nat avait cultivé par elle-même, car très clairement, elle ne l’avait hérité de personne de sa famille, à en juger par le faste dans lequel se complaisait son hippie de grand-mère, mais aussi son dandy de père qui adorait se brosser lui-même dans le sens du poil Elle réprima un sourire, ravie dans le fond que son imparfaite petite famille s’investisse autant pour elle, et vérifia une dernière fois que tout était en ordre. Poussant sur la poignée du rideau pour définitivement le sceller, Natalia pivota sur ses pieds pour embrasser la rue commerçante d’un regard circulaire. Ses yeux bleu-vert s’accommodèrent à la clarté déclinante, et presque d’eux-mêmes, ils s’arrêtèrent sur la devanture du jazz club de Milan, situé à quelques mètres de là.

S’en faire pour ses affaires privées n’était absolument pas quelque chose qui entrait dans les mauvaises manies de la jeune femme – elle avait tendance à laisser les choses se passer sans calculs, par crainte profonde de faire un faux pas, et surtout de paniquer, ce qui n’était jamais conseillé de l’avis de son frère aîné. Néanmoins, elle devait admettre que son enthousiasme s’était réveillé depuis qu’elle entretenait plus qu’une collaboration avec Tate. C’était sans doute sans importance, comme il le lui dirait si elle venait ne serait-ce qu’à lui en souffler deux mots un de ces jours, mais le souvenir de la visite avortée qu’elle avait voulu lui rendre à l’improviste au jazz club, justement, lui tournait beaucoup trop dans la tête pour qu’elle ne puisse ignorer plus longtemps que quelque chose la taraudait sincèrement. Cette boule nerveuse dans son ventre n’était pas tombée là par hasard, elle avait mûri lorsque, ce fameux soir, elle l’avait vu approcher sa bouche dangereusement de celle d’une jolie rousse accoudée au bar. L’injustice qu’elle y avait observée l’avait fait faire volte-face, et n’ayant même pas pris le temps de l’informer de sa présence, elle était partie en refusant de s’avouer que ça l’avait tellement blessé de le voir se comporter aussi affectueusement avec quelqu’un sous l’œil d’une ribambelle d’habitués, tandis que de son côté, toutes les démonstrations de ce genre dont elle avait droit en public ne devait, sous aucun prétexte, dépasser le dessous de table.

Mais elle savait à quoi s’en tenir avec Tate. Au-delà des défauts qu’il s’auto-attribuait souvent, et qu’elle reconnaissait de bonne grâce la plupart du temps, dissimuler son jeu pour le retourner contre elle n’était plus une tactique dont il usait pour arriver à ses fins. Elle s’était beaucoup répétée qu’entre eux, rien n’était et ne serait jamais sérieux, et sa lucidité sur le sujet l’avait aidée à accepter la non-exclusivité de leurs rapports, sauf qu’il y avait une nette différence entre savoir qu’il flirtait et le contempler en pleine action. Tate avait été clair à ce sujet, et elle avait acquiescé, parce que c’était plus facile de le laisser dicter les règles que d’admettre qu’il faisait naître chez elle d’autres velléités que des parties de jambes en l’air orchestrées de façon à ce que personne ne soupçonne quoi que ce soit. Et pourtant, les nombreuses contradictions qu’elle avait consigné dans son carnet mental n’en finissait plus de lui donner l’envie de réétudier le contrat tacite qu’ils avaient signé au matin de leur premier écart de conduite ; tout ce qui se passait quand ils étaient ensemble devait rester prisonnier de la bulle qu’ils s’étaient créés, et ce pour plusieurs raisons, la principale étant que leur désir commun de garder leur liberté comptait plus que d’officialiser quoi que ce soit.

Une respiration manquée fit brusquement sortir Natalia de ses pensées. Elle s’activa pour piétiner de quelques pas à droite, juste devant la boutique de Sara. Elle tapa légèrement à la vitre près du comptoir derrière lequel sa grand-mère faisait ses comptes, et la gratifia du salut quotidien qu’elle lui faisait avant de retourner chez elle, puis après avoir resserré la ceinture de son manteau d’hiver, elle remonta l’allée du centre pour rejoindre son immeuble, niché à quelques pâtés de maisons à peine. Le bruit de ses escarpins sur le sol pavé résonna discrètement contre les murs des bâtiments environnants, car le quartier était en effervescence à cette heure-ci. L’happy hour venait à peine de se terminer, et les commerces nocturnes se préparaient à accueillir leurs piliers, de quoi compliquer la tâche à la jeune femme qui dut se frayer un chemin difficile au milieu de la marée d’épaules costaudes dans laquelle elle se jeta éperdument pour rentrer chez elle.
Ce ne fût qu’une fois qu’elle entra dans l’ascenseur qu’elle s’autorisa une œillade à l’écran de son téléphone portable. Des notifications diverses lui firent hausser les sourcils, voire même rouler des yeux, et les quelques textos qu’elle avait reçu n’avaient pas assez d’importance à ses yeux pour qu’elle consente à y répondre dans l’immédiat. Elle jeta un œil au cadran de sa montre en même temps qu’elle ouvrit la fenêtre destinée aux conversations qu’elle tenait régulièrement avec Tate. Elle amorça la rédaction d’un message, dut s’y reprendre à plusieurs fois avant de trouver la bonne entame, et finit là aussi par froncer les sourcils. Dans un long soupir, elle préféra abandonner, verrouilla l’écran de son téléphone, et se laissa adosser à la paroi de l’ascenseur qui continuait son ascension dans le plus grand des silences.

Un silence qui fut dérangé par l’émanation feutrée d’une mélodie qu’elle perçut à travers les murs épais du couloir de son immeuble qu’elle emprunta en quittant l’ascenseur. Natalia marqua un temps d’arrêt devant la porte de son appartement, tandis que la possibilité que son frère soit venu lui rendre visite sans la prévenir lui traversait furtivement l’esprit. Sauf qu’il avait une clef, et qu’à l’instant où elle voulut activer la poignée de la porte pour entrer, rien ne se passa – elle fût surprise, mais sans plus. Un sourcil en accent circonflexe, elle se hâta de sortir son trousseau, et y introduit sa clef pour lever le mystère sur ce qui se tramait derrière sa porte.

« C’est moi, excuse-moi ! » s’exclama-t-elle, les mains repliées devant sa bouche, quand elle s’aperçut qu’elle venait de faire sursauter Tate – elle avait sursauté elle aussi, saisie par le bruit de la vaisselle s’écrasant sur la table de la salle à manger, mais pas que : l’odeur, pourtant délicieuse, qui s’échappait de sa cuisine fit tanguer la boule nerveuse qui menaçait son estomac « J’ai pris un peu d’avance, ça été une trèèèès longue journée. » ajouta-t-elle dans un sourire discret.

Avec un léger coup de pied, elle ferma la porte derrière elle, et après avoir posé son téléphone portable et son sac sur le secrétaire de l’entrée, elle commença à défaire la ceinture de son manteau. Elle leva la tête pour suivre le trajet de Tate jusqu’à elle, et contenant toujours le sourire qu’elle sentait naître sur ses lèvres pleines – ses manches retroussées et l’ondulation d’une mèche brune sur son front ne lui facilitait pas la tâche pour rester sérieuse –, elle le laissa se charger de poser le tout sur le porte-manteau. Plissant d’abord le jupon de sa jupe-crayon pour s’assurer bonne tenue, elle rassembla ses longs cheveux sur le côté de son épaule, s’apprêtant à lui demander comment il était entré, mais le vide fait près de la clinche de la porte vitrée du salon l’informa sur la question. Natalia laissa son sourire éclater, alors qu’elle lui faisait face pour la première fois depuis des jours.

« Tu sais que si t’avais demandé la clef à nana, elle aurait gardé le secret ? » Elle plissa un œil, ne pouvant s’empêcher de rire légèrement, et s’approcha suffisamment près de lui pour poser une main sur le bas de son visage et frôler subtilement son nez avec le sien – pas de baiser, elle était trop intriguée par ce qui mijotait dans la casserole dont elle souleva le couvercle après avoir rejoint la cuisine. Lui adressant un autre regard suspicieux par-dessus son épaule, ce fût avec une main tenant une épaisse mèche de cheveux derrière son oreille qu’elle se pencha au-dessus du contenu qui bouillait. Avec de la vraie surprise dans la voix, elle lui demanda « T’as cuisiné pour moi ? » Quand elle parlait des contradictions de Tate Bartowski, il n’y avait pas meilleure illustration ; quelques jours plus tôt, il courtisait une inconnue dans un bar, et aujourd’hui, il s’introduisait par effraction dans l’appartement de son ex-collaboratrice pour lui préparer à dîner. La boule que Natalia avait dans l’estomac monta d’un cran pour se loger tout près de son cœur, et elle se retrouva à ne pas savoir quoi dire de plus. Elle se redressa tout de même pour le regarder un instant, mais évita de maintenir le contact visuel comme elle aimait pourtant le faire d’habitude. Elle choisit de lui dire pour chasser l’ange qui passa « T’as besoin d’un coup de main pour la table ? »
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Tate Bartowski
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MessageSujet: Re: (2017) NOW OR NEVER   Ven 5 Mai - 2:25

« Sans doute. Mais tu sais comment elle est. » lui répondit-il en la contournant pour lui retirer son manteau. Comme si la raison pour laquelle il avait préféré s’introduire chez elle, plutôt que de solliciter l’aide de sa grand-mère, avait été évidente. Il lui tourna le dos, le temps de suspendre son manteau à côté du sien, avant de lui faire face à nouveau. Il devina très rapidement qu’il aurait besoin d’éclaircir son propos :  « J’ai toujours l’impression qu’elle s’apprête à me poser une question très embarrassante. Tu vois ce que je veux dire ? » Il fronça les sourcils, craignant brièvement de s’être imaginé l’attitude de Sara. D’une certaine manière, Natalia avait raison : Nana Lindberg lui aurait cédé la clé de l’appartement sans poser de questions, l’aurait-il réclamée à la dernière minute. Seulement, il soupçonnait qu’en contrepartie, il y aurait gagné le regard qui disait : « Je sais à quoi tu joues mon coco, on n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace ! ». Et bien qu’il appréciât la bonne femme, pour ce qu’il en avait vu, c’était l’une des raisons qui le poussaient à espacer ses visites. « Tu me trouves parano ? » Sans doute qu’il l’était un petit peu. Mais il ne pouvait s’empêcher d’imaginer que Sara en savait bien plus qu’elle ne le laissait entendre sur ce qui se passait entre sa petite-fille et lui. « Je te jure que ce n’est pas dans ma tête ! Elle est à deux doigts de nous passer Let’s Get It On. » lui assura-t-il, un peu ronchon à l’idée de ne pas être pris au sérieux. Il s’inclina vers elle pour cueillir un baiser ; mais ses lèvres manquèrent leur cible. Il se dut se contenter d’une brève étreinte avant qu’elle ne se détache de lui pour rejoindre la cuisine. Sans se formaliser pour autant, il lui emboîta le pas, et s’intéressa à nouveau à la salade qu’il avait commencée à composer avant qu’elle n’arrive.

« Je voulais te faire une surprise. J’ai pensé que tu seras crevée en rentrant. » admit-il en lui jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, tandis qu’elle se penchait au-dessus de la gazinière pour lorgner le contenu de sa casserole. Après les avoir passés sous l’eau, il commença à découper ses ronds de tomates avec application, veillant à ce qu’ils ne soient ni trop épais, ni trop fins. Pendant une courte minute, on n’entendit rien d’autre que le raclement de la lame contre le support de bois qu’il avait trouvé sous l’évier. Il se concentra là-dessus : ça l’aidait à ne pas trop réfléchir à la situation. Sa nature invraisemblable ne lui échappait pas, au contraire. Depuis qu’il était entré dans l’immeuble, une petite voix à l’arrière de son cerveau ne cessait de lui demander combien de fois il avait exigé de Natalia qu’elle n’attende rien de sa part – et surtout pas l’attitude d’un petit-ami. Il était pourtant là, dans sa cuisine, à s’enquérir du dîner en attendant qu’elle rentre du boulot. Tout ça, parce qu’il avait entendu un collègue raconté une histoire le midi même. Parce qu’il avait voulu tenter quelque chose de nouveau – pour voir. « Ne t’emballe pas. Je ne suis pas sûr que ce soit une réussite. » tempéra-t-il en haussant une épaule nonchalante.

« J’ai besoin d’une seule chose. Mais je ne suis pas sûr que ce soit dans tes cordes. » prétendit-il en s’emparant d’une serviette pour s’essuyer les mains. Il leva le doigt devant lui pour lui intimer d’attendre une seconde, se pencha sur son réfrigérateur pour en sortir la bouteille de vin qu’il avait achetée avant de venir, et la lui colla dans les mains. Puis, un air sérieux inébranlable imprimé sur le visage, il posa ses mains sur ses épaules et lui imposa un demi-tour droite, avant de l’escorter sans ménagement jusqu’au salon. Il happa un verre à vin sur le chemin, et la fît s’asseoir dans son canapé en lui offrant une expression qui, visiblement, ne tolérerait aucune réplique. Il s’accroupit un moment pour être à sa hauteur. « Fais-moi plaisir ? Prends un verre. Enfile quelque chose de confortable. Je m’occupe du reste. Tu peux faire ça ? » Il se fendit d’un sourire en coin, et baissa lui retira la bouteille de vin des mains pour la décapsuler à grands tours de tirebouchon. Il la servit généreusement.

Il revint dans la cuisine au moment même où son minuteur se déclenchait. Il s’empressa de retirer sa casserole du feu, et bascula ni une ni deux son contenu dans une passoire. « Est-ce que tout va bien ? » s'enquit-il en haussant légèrement la voix pour qu'elle l'entende de là où il se trouvait. C’était peut-être la fatigue, mais elle lui avait semblé un peu distante en arrivant.
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Natalia Lindberg
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MessageSujet: Re: (2017) NOW OR NEVER   Mer 10 Mai - 17:09

Natalia comprenait ce qu’il voulait dire. Un sourire s’installa sur son visage, tandis qu’elle empruntait le corridor pour entrer dans la cuisine, tiraillée entre deux états d’esprit ; entre jubilation et nervosité, la pelote de nerfs qui se baladait dans son organisme menaçant à tout moment de dérouler ses liens pour sangler ses poumons et la faire suffoquer.

Même si Sara soupçonnait que la relation qu’entretenait sa petite-fille avec Tate n’avait plus rien à voir avec l’image qu’on se faisait de la collaboration classique, elle avait su garder ses commentaires pour elle. Enfin, elle en avait largement fait profiter Evie, mais cette dernière vivait trop loin pour révéler à sa sœur les paris lancés au sein de leur famille concernant les rapports qu’elle entretenait avec son collaborateur. Des questions, Sara lui en avait évidemment posées, mais de son côté, Nat n’y avait rien vu de suspect. Compte tenu de l’affection que sa grand-mère lui portait, elle s’inquiétait sans doute de l’influence de ses fréquentations. Elle avait toutefois su lui faire remarquer, l’air de ne pas y toucher, que depuis qu’elles travaillaient avec Tate, elle s’était affirmée et semblait plus épanouie, et c’était vrai. Malgré leurs prises de bec plus ou moins virulentes, Natalia n’avait jamais renié, et ce devant quiconque, que leur collaboration lui avait apportée nombre de choses positives au cours des trois dernières années.

Derrière les observations taquines de nana Lindberg sur le charme du jeune homme et ses tentatives amusantes de le mettre dans sa poche en le complimentant chaque fois qu’elle en avait l’occasion, ne se cachait rien d’autre qu’un intérêt sincère pour la personne qu’il était, et peut-être même une approbation déguisée pour celle qu’il deviendrait pour Natalia. Aujourd’hui, elle regrettait vraiment d’avoir cherché à s’occuper de sa vie sentimentale en lui vendant les bonnes situations et les qualités indiscutables des fils de ses proches amies, ou en l’inscrivant à son insu sur des sites de rencontres, car elle avait compris que ça ne servirait à rien de s’acharner à vouloir la caser à tout prix : tant qu’elle ne déciderait pas elle-même à sortir de son célibat, elle s’obstinerait à s’y complaire, se cachant derrière ses craintes et ses névroses. Alors qu’importe ce qui se passait, ou ce qui se passerait, entre Tate et Natalia, elle saurait faire preuve de subtilité et attendre confirmation de la part des principaux intéressés que les regards qu’ils se lançaient traduisaient, davantage que le reste d’ailleurs, l’attirance qu’ils avaient l’un pour l’autre. En attendant, elle ne pouvait s’empêcher de les trouver fichtrement bien assortis.

« Juste un peu. » le rassura-t-elle à propos de sa paranoïa, et elle fronça le nez, l’index et le pouce légèrement rapprochés. Elle ne put retenir un petit rire en entendant la suite « Pour que tu saches qu'elle a des goûts musicaux géniaux, c’est tout ! Elle a le béguin pour toi, ce serait la meilleure approche pour te convaincre de la laisser passer une main dans tes cheveux – elle me parle souvent de tes cheveux. » plaisanta-t-elle, et elle se pencha sur la casserole qui l’intriguait tant.

Natalia n’aimait pas les pensées qui lui traversèrent l’esprit lorsqu’elle comprit les raisons de la présence de Tate dans son appartement. Elle aimait encore moins que son anxiété la pousse à tout analyser, s’échinant à relever la moindre de ses contradictions pour titiller le nerf sensible, et à prendre pour elle l’insistance du jeune homme à lui faire promettre de ne pas s’attacher à lui et de ne pas prendre au sérieux ce qu’il se passait entre eux, quoi que ce fût. Et plus que de l’aversion, c’était de la haine contre elle-même qu’elle ressentait à l’idée de ne pas être capable de se réjouir de le trouver ici ce soir, parce qu’il y avait quelque chose qui la contrariait, qu’il y avait quelque chose qui l’avait blessée, et qu’elle ne réussissait pas à l’exprimer à voix haute.

Ce fût un mécanisme de défense enfoui qui la poussa à se montrer distante avec lui. Sans s’en rendre compte, elle croisa même les bras sur sa poitrine, évitant son regard pendant un instant. Ce n’était pas naturel venant d’elle, ça ne l’avait jamais été ; même au début de leur collaboration, elle n’avait jamais réussi à rester du côté des barrières que Tate avait dressées entre eux, d’où leurs incessantes bousculades verbales. Nat n’avait jamais été froide avec les autres, et encore moins avec lui, bien qu’on la trouvât quelques fois un peu pimbêche, sa réserve et sa pudeur jouant contre elle. De fait, elle s’en voulut immédiatement d’y céder après lui avoir proposé son aide, et tachant de relativiser ses pensées, et de calmer la montée d’angoisse qui la fit prendre une profonde inspiration, elle s’approcha de lui avant qu’il ne puisse se retourner. Elle l’enlaça doucement par les épaules, puis calant son menton sur l’une d’entre elle, elle posa ses lèvres près de son oreille. Elle ne parla pas, se disant que cette étreinte serait suffisante à le convaincre que ce qu’il lui avait préparé lui plairait.

Elle vint nicher le bout de son nez dans le creux de son cou, soupirant pour tenter de libérer la tension de son corps, mais aussi pour exprimer l’espèce de contentement soudain qu’elle ressentit grâce à ce contact. Seulement, elle se redressa brusquement, suivant le mouvement qu’il opéra pour se retourner, et fronça les sourcils en le voyant ouvrir la porte du réfrigérateur. Qu’il soit aussi à l’aise dans son appartement lui plut, beaucoup trop d’ailleurs, et la boule nerveuse logée près de son cœur vibra, comme un rappel qu’elle n’en avait pas le droit. Ne lui laissant pas le temps de s’en formaliser, elle se retrouva avec une bouteille de son vin préféré entre les mains. Cette constatation eut le même effet, et cette fois, elle retint une respiration, alors que ses cheveux remuèrent à cause de la volte-face qu’il lui imposa, les mains posées sur ses épaules. Elle se laissa conduire en toute confiance, mais lorsqu’il la fit asseoir, elle voulut protester. L’expression qu’elle décela sur son visage l’en dissuada cependant, et elle haussa fort les sourcils au moment où il s’accroupit pour lui faire face.

« Je peux toujours essayer ? » Ses yeux grossirent en estimant la générosité avec laquelle il avait rempli son verre. A ce train-là, elle roulerait sous la table dans une heure à peine.
Elle ne pipa mot toutefois, serrant les lèvres avec force en le suivant du regard pendant qu’il refaisait le chemin inverse. Elle s’intéressa de nouveau au contenu de son verre, louchant sur la quantité, et en vint à se dire que si elle ne réussissait pas à se détendre, ça lui serait d’un grand secours d’avoir quelques grammes d’alcool dans le sang. Natalia emprunta une mine de franche approbation, haussa les épaules d’un même chef, et porta son verre à ses lèvres pour boire une très longue gorgée.

Elle se déchaussa d’un coup de pied. Rassemblant toute sa bonne volonté pour échapper à ses réflexions secrètes, elle passa une main dans ses cheveux, quand Tate lui demanda si tout allait bien. Elle marqua un temps. Si elle mentait, il le devinerait tout de suite. Néanmoins, elle hésita encore un moment, puis remontant de quelques centimètres sa jupe-crayon pour plier les genoux plus confortablement, elle les réunit sur son fauteuil en lui répondant :

« Je suis un peu fatiguée, et surprise par… » Avec un sourire en biais, elle désigna la cuisine d’un petit coup du menton. Prenant ensuite le temps de boire une nouvelle gorgée de vin, qu’elle avala lentement, elle poursuivit « Je pensais que tu serais au jazz club. » A ce moment-là, elle savait qu’elle aurait dû lui accorder un regard, mais elle ne le fit pas, détournant vite la tête pour mieux s’intéresser à un accroc sur son bas. Elle le tritura, le tournicotant d’un côté à un autre, sous tension. Consciente qu’elle se lançait sur une pente glissante – des fourmillements naquirent à l’extrémité de ses doigts, ses poumons semblèrent se contracter davantage, mais elle s’obstina à contrer son angoisse, et finit par reprendre, levant la tête et empruntant un air détaché « Je suis passée l’autre soir, mais tu… » Elle se cala plus confortablement dans son siège, fusionnant ses jambes plus fermement entre elles. Prenant ce prétexte pour s’interrompre, c’était en réalité sa voix qui s’était légèrement craquelée ; elle se racla la gorge, et posa son verre sur le petit meuble installé à ses côtés « Hum, comme j’ai vu que tu étais occupé, je ne suis pas restée. » Cette fois-ci, elle osa affronter le regard de Tate. Une, deux, trois secondes… Et elle finit par ajouter avec une certaine précipitation, tout en récupérant son verre derrière lequel elle se cacha en y portant ses lèvres entrouvertes « J’ai entendu dire que vous étiez vraiment bons ! »
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Tate Bartowski
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MessageSujet: Re: (2017) NOW OR NEVER   Lun 29 Mai - 2:12

Du côté de la cuisine, Tate écarta la casserole du feu, et s’empressa de tourner les boutons de la cuisinière. Il poussa un hoquet de douleur quand ses doigts effleurèrent le métal brûlant, et dut s’y reprendre à deux fois pour renverser correctement ses raviolis dans une passoire. Les paroles de Natalia lui revinrent à l’esprit et, une fois de plus, il remarqua combien la famille Lindberg se trouvait à des années-lumière de la sienne. Ils avaient beau vivre à des centaines de kilomètres les uns des autres, l’unité semblait malgré tout être le mot le plus adéquat pour décrire leurs échanges qui, en dépit de la distance, restaient réguliers. S’il ne le lui avait jamais enviée ce rapport proche aux membres de sa famille, celui-ci l’avait toujours interpelé. Sans doute parce qu’on ne suivait pas le même modèle chez lui : son père avait perdu la boule, sa mère s’en tenait à ses affaires (rien d’autre) et Sidney avait mis les voiles. Ses grands-parents, vieux comme ils étaient, semblaient être les seuls à encore courir aux nouvelles. Tate esquivait généralement leurs appels pour s’épargner une très (trop) longue conversation impliquant douleurs lombaires et cancans de voisinage. Il se contentait de les retourner aux anniversaires – quand il s’en souvenait – ou aux jours de fête – s’il n’avait pas trop mal aux cheveux – en prétendant avoir « beaucoup de boulot » - ce qui n’était pas complètement faux, ceci étant. Ce serait sans doute différent s’il avait décidé d’emménager à Juneau, près de Richard et Carol, comme Natalia avait emménagé près de Sara – ou peut-être pas. L’idée était assez effrayante pour le faire s’ébrouer malgré les milliers de kilomètres qui le séparaient de son Alaska natale. Il les avait pourtant aimés ces grands espaces, cette tranquillité propre aux contrées reculées. Ces week-ends à la pêche, ces jeudis matins au marché, ces après-midis sur la balancelle de la terrasse. Ça faisait des années qu’il n’y était pas retourné. Pendant un bref moment, il se demanda si elle y était encore, la balancelle, puis il hocha négligemment la tête. Peut-être qu’il demanderait – la prochaine fois qu’il téléphonerait.

Après avoir déniché de quoi tenir son plat au chaud le temps qu’ils papotent, Tate contourna le comptoir pour la rejoindre dans le salon, un verre dans la main gauche, et sa canne dans la main droite. « Mais je ? » l’incita-t-il en arquant un sourcil interrogateur. Il se versa une quantité de vin aussi généreuse que celle qu’il lui avait versée à elle, avant de venir s’asseoir dans le canapé. Presque aussitôt, il s’enfonça dedans, et s’agita pendant un moment pour trouver une position confortable. « C’était qu— ? » Il s’interrompit d’un coup. Ils n’avaient tenu qu’une seule représentation au cours des quinze derniers jours, par soucis d’organisation, et il savait très bien comment la soirée s’était terminée pour lui cette fois-là. Les traits figés, il baissa brièvement les yeux sur son verre. Il finit par y tremper ses lèvres pour maintenir sa contenance et dut se faire violence pour chasser un air coupable. Allez oust ! Plus vite que ça, ou sortez les fers ! Soudainement, ses manières et ses gestes lui parurent faux. Comme ceux d’un mauvais acteur planté au milieu d’une mauvaise séance d’improvisation. « Si tu étais restée, tu l’aurais entendu par toi-même. » ne s’empêcha-t-il pas de répondre quand elle lui indiqua avoir reçu de bons échos concernant son groupe. Il tripota le pied de son verre, le faisant tourner entre ses doigts en attendant qu’elle en vienne aux faits – mais elle ne le fît pas. Il haussa les sourcils – mais pourquoi être étonné ? Elle ne lui était jamais rentrée dans le lard pour un oui ou pour un non, ce n’était pas aujourd’hui qu’elle allait commencer (si ?). Il étendit son bras sur le dossier en pivotant légèrement vers elle. Pendant un moment, peut-être une minute entière, il se contenta de la dévisager sans rien dire en se demandant combien de temps ils pourraient ignorer l’éléphant dans la pièce. Cinq minutes ? Dix minutes ? C’était trop généreux. Il pensait à la première nuit (ou disons, le premier matin) qu’ils avaient passé ensemble à se faire des promesses plus grosses qu’eux. Y pensait-elle, elle aussi ? « Tu veux me dire quelque chose ? » la sollicita-t-il finalement – plus doucement qu’il n’aurait été capable de le faire auparavant. Il inclina la tête en avant, cherchant son regard, sans vouloir s’y dérober une seule seconde.

Pour avoir travaillé avec Natalia pendant près de trois ans, il savait qu’elle était capable de lui faire savoir quand il avait tort ou quand il se comportait comme un sale type. Tout comme elle était capable d’exprimer ses propres opinions. Pourtant, dans la sphère privée dans laquelle ils s’étaient réfugiés depuis quelques temps, elle lui donnait souvent l’impression de préférer marcher sur des œufs. Elle tournait autour du pot, elle arrondissait les angles, comme pour leur éviter une confrontation trop brutale. Parfois, Tate la soupçonnait de lui chercher des excuses pour permettre à leur relation – quoi qu’elle puisse être en réalité – de continuer. À ce jour, il peinait encore à comprendre ce qui pouvait bien se passer derrière ses grands yeux bleus. Ce n’était pourtant pas faute de démontrer un peu plus de patience qu’il n’en avait réellement en réserve. Après un moment, il s’éclaircit la voix, et décida de lui tendre une perche : « Tu es venue, et… ? » Quelque chose ne t’a pas plu ? ajoutèrent ses pupilles.

Il aurait très bien pu lui demander si elle l’avait vu, avec cette autre femme, ce fameux soir. Mais s’ils avaient un problème, il voulait l’entendre de sa bouche, formulé avec ses propres mots, et alors peut-être qu’il pourrait y remédier. Il se demanda si elle lui en voulait réellement. Le souvenir encore très frais de son étreinte dans la cuisine l’enlaça à nouveau, et il regretta que la conversation prenne cette direction. Oh, il aurait pu mentir. Il aurait pu ne pas relever la référence. Prétendre encore une heure ou deux qu’il n’y avait pas d’éléphant dans la pièce. Mais il avait toujours été honnête avec elle – d’une certaine manière, parfois un peu alambiquée.
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MessageSujet: Re: (2017) NOW OR NEVER   Lun 29 Mai - 22:43

« J’ai besoin d’un verre d’eau. » répondit Natalia au moment où Tate lui demanda si elle voulait lui dire quelque chose. Sa réplique précédente se télescopa à la diplomatie dont elle usait sciemment pour entrer dans le vif du sujet, et lui fit craindre une rebuffade qu’elle n’aurait pas la volonté d’éconduire. Dépliant les jambes pour se lever de son fauteuil, elle lui passa devant avec la grâce d’un papillon fuyant sa fleur pour aller en butiner une autre, son verre de vin se balançant au bout de ses doigts.

Ses mains s’étaient mises à trembler. Elle voulut le cacher en raffermissant sa prise autour du ballon de cristal, tachant de se convaincre elle-même que l’anxiété qui la gagnait n’était que le résultat de la longue journée qu’elle venait de passer – elle se damnerait pour un bain bien chaud et parfumé. Le col et les manches de son chemisier lui parurent soudain un peu trop serrés. Après avoir rejoint la cuisine, elle se flanqua derrière le comptoir du petit déjeuner, défit les quatre premiers boutons de son haut, et l’ouvrit pour accueillir un semblant de fraîcheur à la naissance de son décolleté. Elle défit aussi ceux de ses manches, les retroussa sur ses poignets délicats, et s’éventa brièvement avec sa main.

L’ambiance était lourde, et le regard de Tate insistant. Jusqu’à présent, elle n’y avait jamais rien trouvé à redire, répondant à ses œillades fixes avec la même intensité. Cette fois-ci, elle sentait qu’il cherchait à creuser dans son esprit avec la ténacité d’un chercheur d’or. Natalia posa son verre sur le comptoir, et détourna le regard en souriant, visiblement embarrassée. Puis elle lui tourna le dos pour mieux fureter dans un placard situé en hauteur, juchée sur la pointe des pieds. Elle savait qu’elle était difficile à déchiffrer, ça faisait partie du bouclier qu’elle s’était forgé après le suicide de sa mère. Trop de choses lui tournait dans la tête pour qu’elle ne consente à le faire savoir à autrui, c’était avant tout pour cette raison qu’elle écrivait. Elle préférait se cacher derrière ses héros de papier pour soulager son esprit, pour panser ses blessures d’enfance, et pour supporter l’histoire compliquée qui était la sienne, et que peu de gens connaissaient finalement – il n’y avait que dans ses journaux intimes qu’elle écrivait de son point de vue. Penser que ça n’avait rien à voir avec la situation présente était une erreur grotesque, mais elle choisit de reporter la psychanalyse à plus tard. Secouant la tête de droite à gauche, elle empoigna un verre vide. Se plantant de nouveau sur ses pieds, elle le remplit au robinet d’eau froide tout en lui rétorquant avec amabilité :

« Et je te l’ai dit. Tu étais occupé. » Tandis qu’elle se retournait, elle posa son nouveau verre sur le comptoir, et ensuite, ses mains moites bien à plat, déployant ses doigts agités par de petites secousses. Natalia releva la tête pour lui renvoyer un regard qu’elle tacha de rendre neutre, mais dans lequel transparaissait l’incertitude. C’était tout à l’honneur du jeune homme de vouloir lui tirer les vers du nez et de tenter d’aplanir ce qu’il pressentait sûrement comme un conflit, quand seulement ce qui contrariait la blonde c’était ses propres émotions. Elle nota à quel point il avait fait des progrès dans l’exercice, et apprécia sa douceur, mais ça ne fit qu’accentuer l’impression qu’elle avait de ne faire rien d’autre qu’un caprice de petite-fille – elle se serait mise à taper du pied en chouinant qu’elle le voulait rien que pour elle, que ça aurait eu le même effet sur son amour-propre. Elle prit une profonde inspiration qui fût douloureuse, compte tenu de la pression qu’exerçait son angoisse sur ses poumons « Ça m’a fait réfléchir. » finit-elle par lâcher dans un souffle, et elle emporta son verre avec elle. Elle se gratta l’arête du nez du bout de l’index et s’avança, pieds nus, jusqu’au salon.

Natalia avait eu des petits amis. Assez peu, mais elle en avait eu. Des hommes gentils, un peu niais et passifs, mais passionnés et fidèles. Elle l’admettait, au-delà d’une affection sincère pour ces hommes-là, elle n’avait pas vraiment été amoureuse, et ses ruptures découlaient de ses difficultés à envisager un avenir avec quelqu’un. Le mariage, les enfants, la grande maison et les animaux de compagnie étaient une image charmante au demeurant, mais ce n’était pas celle qui la faisait rêver. Parce qu’elle impliquait de prendre des décisions, des décisions sur le long terme. Ça lui paraissait tellement risqué, et Natalia Sara Lindberg n’était en rien téméraire. Elle n’avait quasiment jamais évolué sans filet de sécurité. Elle avait passé plus de la moitié de sa vie sous la coupe de quelqu’un qui allait jusqu’à décider des sous-vêtements qu’elle devait porter, et qui malgré tout, lui avait assurée une sécurité totale en dehors de la bulle d’abus verbaux et d’humiliations cruelles qu’elle avait soufflé autour d’elle pour la soustraire au monde qui l’entourait. Et au final, elle n’avait rien fait d’autre que de choisir la sécurité en s’entichant d’hommes aussi doux et attentionnés. Avec Tate, c’était différent.

Non seulement, il était loin de rentrer dans la description type ‘gentil, un peu niais, passif et fidèle’, mais surtout, elle avait pu s’imaginer, pour la première fois, entretenir une relation durable avec lui – sans pour autant finir en robe blanche, loin de là. Pour autant, ça la mettait sur la piste des sentiments qu’elle nourrissait à son égard, et ils étaient forts. Tout le problème était là, car quand elle pensait à la promesse qu’il s’était faite, et aux clauses de cette collaboration singulière, elle était en passe (si ce n’était pas déjà fait) d’en transgresser la totalité. Son penchant pour la contradiction était une facette d’elle-même qu’elle avait toujours assumé, mais ici, elle ne se sentait pas assez solide pour le faire et lui avouer qu’il pouvait clairement se le mettre dans la poche son serment du petit doigt. Si elle avait eu le courage de camper sur ses positions, elle aurait fait le grand saut, sans aucun regret, ne craignant plus l’absence de filet de sécurité… Mais Natalia se tenait au bord d’une abîme trop profonde à son goût, et elle était tétanisée. Elle le sentait dans ses muscles, dans le bout de ses doigts parcourus d’une multitude de fourmillements électriques, et dans le rythme de son cœur qui battait furieusement dans sa poitrine. Elle s’assit à côté de Tate. Repliant ses jambes sur le canapé, elle but une petite gorgée d’eau, et remarqua le subtil tressautement de son verre contre ses dents droites. Elle tremblait tellement, alors elle se hâta de le poser sur la table basse. Marquant une longue pause durant laquelle elle chercha ses mots, elle posa finalement sa main libre sur la cuisse de Tate, et laissa un sourire percer, avant de lui dire :

« Tu m’avais prévenue, je ne suis pas fâchée. » Elle l’attesta avec beaucoup d’honnêteté. Sa main frissonnante s’attarda sur la cuisse du jeune homme « Ça m’a juste un peu… » Blessée ? Contrariée ? Irritée ? Refroidie ? « Gênée. » trancha-t-elle à voix haute « C’est pour ça que je ne suis pas restée. Et justement, j’ai pas envie d’être fâchée contre toi si jamais ça se reproduit. » Et elle savait que ça se reproduirait. Elle ne l’en blâmait pas ; comme elle l’avait si bien dit, il l’avait prévenu d’entrée de jeu. Mais elle aussi « Je ne suis pas comme toi, Tate. » lui répéta-t-elle pour faire écho à leur conversation du premier matin d’après, et peut-être le mener sur la piste de ce qu’elle avait tant de mal à lui avouer sans faire de détour : elle s’était attachée à lui. A partir de là, leur pacte n’avait plus lieu d’exister.
Elle pinça les lèvres une seconde. Se donnant le temps de réunir son courage et ses esprits, elle pencha la tête sur le côté. Son cœur se serra. Elle puisa une goulée d’air rapide en même temps qu’elle récupérait sa main. Se sommant de lever les yeux vers Tate, elle maintint le contact visuel un instant, puis tendit de nouveau la main pour venir frôler sa joue barbue. Natalia conclut doucement « Ce serait plus judicieux d’arrêter maintenant. »
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